« Tu les vois, les papillons ? Ils volent autour de toi jusqu'à toucher ton coeur. A partir de ce moment-là, tout est foutu. Prends garde aux papillons... »
Comme un tourbillon, ils sont là. Omniprésents. Colorés, magnifiques, éphémères, presque dénués de sens et surtout envahissants. Tu les prends par poignées, essayant de les tordre, de les déchirer et de les voir joncher le sol. Mais ils semblent grossir et te mordre. Une morsure de papillon est douloureuse, croyez-moi.
Puis tu sautes à l'eau pour ne plus les voir. Ton sang se glace, ta peau te pique mais tu te sens bien. Quand tu émerges enfin, tu as dérivé, tu as changé de sentier. Plus de papillons en vue, le moment est venu de sortir. En dansant, encore mouillé, tu tombes en riant dans le sable.
La clairière a laissé place à la plage. Le soleil se couche dans la mer; au même instant, un papillon aux ailes nacrées se pose sur ton épaule. Un second papillon de glace se pose au coin de ton oeil. Le troisième, un papillon de lumière se pose sur ton coeur. Le second agite ses ailes. Une légère brise parcoure désormais la plage, caressant ton visage en faisant couler des larmes sur tes joues. Le premier agite ses ailes et le soleil se fige. Le dernier, enfin, agite ses ailes doucement et une mélodie familière retentit. Elle te fait relever la tête et marcher fébrilement jusqu'au bord de l'eau, l'écume te caressant les pieds. La mélodie devient de plus en plus forte puis tout comme le soleil, tu te figes à ton tour. Une larme se glace au coin de ton oeil et tout ton corps semble couvert de nacre. Des ailes te poussent dans le dos, des ailes de lumière aveuglante.
On raconte qu'il existe une plage où le soleil se fige quand il embrasse l'eau, où trois papillons volètent librement formant un doux tourbillon. Si un jour tu te trouves là-bas, fuis. Le plus loin possible. Ou succombe à l'attirance du désespoir.